A Copenhague, la galerie Maria Foerlev raconte les zones grises du design du 21ème siècle


Oser au Danemark

Par Wava Carpenter

Maria Foerlev connaît le design sous tous ses angles. Elle a étudié l’histoire du design, l’architecture, la finance et la communication. Elle a voyagé intensément et a travaillé dans la promotion, l’image de marque, le design éditorial historique et contemporain. Son blog et son compte Instagram ont de nombreux “followers.”Avec toutes ses expériences, quelles conclusions tire Maria Foerlev à propos du design d’aujourd’hui ? Il semblerait que des conclusions strictes au sujet de la différence entre l’art et le design ne soient pas applicables à la production créative contemporaine.


Et pour elle, cette perspective n’est pas seulement sur le papier. En 2013, elle a lancé Etage Projects dans sa ville natale Copenhague, une ville qui a vu naître quelques-uns des designs les plus populaires du siècle dernier. Sa galerie se consacre à mettre en avant les designs du 21ème siècle. A chaque fois qu’elle annonçait une nouvelle exposition, nous étions de plus en plus intrigués. Nous avons donc décidé de rencontre Maria Foerlev pour en savoir plus sur sa vision.

WC: Quelle est votre histoire et qu’est ce qui vous a poussé à démarrer Etage Projects ?


MF:
J’ai étudié l’art et l’histoire du design au Sotheby Institute à Londres. Après quoi j’ai étudié l’architecture à la Danish Royal Academy. Puis je me suis installée à Johannesburg, en Afrique du Sud, où j’ai vécu pendant deux ans. Quand je suis rentrée à Copenhague, je ne parvenais pas à choisir entre l’art, le design et l’architecture. Heureusement pour moi, beaucoup de personnes qui travaillent dans ce domaine ont la même problématique. C’est pourquoi ce croisement, cette zone grise, est devenue mon centre d’intérêt.

WC: Etes-vous collectionneuse? Vivez-vous avec les pièces que vous présentez ?


MF:
 je vis avec les pièces qui m’intéressent, et aussi les objets que je présente dans la galerie. Chez moi, tout a une histoire et me rappelle des souvenirs ou des émotions. Mais je ne suis pas une personne attachée aux objets. Ce qui m’intéresse le plus, ce sont les gens, les idées, et la manière dont notre environnement nous influence.

WC: Comment définiriez-vous la scène design de Copenhague ?

MF: la qualité et la valeur sont inscrits dans l’ADN du design danois, mais sont aussi l’héritage de l'âge d’or des années 1950. Cet esprit est toujours d’actualité, mais parmi la jeune génération j’observe moins d’intérêt pour les aspects rationnels du design. Il y a une tendance qui brise les anciennes attentes et qui remet en question les conventions, avec moins de peurs. Créer la rupture avec les designs classiques et trouver l’équilbre entre l’art et le design, cela demande du courage.

WC: Comment choisissez-vous les artistes avec lesquels vous travaillez ?

MF: La première chose, c’est d’avoir un bon feeling. Des ambitions partagées et l’alchimie sont également importants. Afin de prendre compte mes intuitions, je passe beaucoup de temps à faire des recherches, à visiter des studios, à voyager pour des congrès.

J’ai découvert que de nombreux designers et architectes veulent faire plus que des objets simplement fonctionnels. Ils veulent créer, changer et sensibiliser. Certains artistes s’engagent intimement quand ils interagissent avec les objets design. Le design doit avoir un but fonctionnel et utilitaire. L’art se veut poétique et psychologique. Mais ils doivent également cohabiter. C’est ce qui me motive.


WC: Votre site internet mentionne que les artistes designers qui travaillent avec vous “remettent en question les modèles de pratique et d’exposition.” Espérez-vous changer le débat sur la créativité contemporaine ?

MF: J’aime questionner l’ordre établi et la confusion ne me dérange pas. Le processus est beaucoup plus intéressant que la conclusion. J’espère présenter des objets intéressants qui évoquent des émotions et des pensées. Ce débat, le design peut-il être de l’art et l’art du design, c’est génial ! Etage Projects ne prend pas position sur la question. Cependant, je pense que nous devrions questionner le terme design, qui est aujourd’hui employé abusivement sans prendre en considération l’implication sociale donnée par l’école Bauhaus à ce mot. Plus que concevoir, je veux réfléchir sur le rôle des objets et sur la manière dont ils racontent des histoires.

WC: Commandez-vous de nouvelles pièces aux artistes designers, ou choisissez-vous des objets déjà existant?

MF: Je viens de commencer à faire des commissions pour Etage Projects. Au début, je ne le faisais pas. Il vaut mieux connaître son partenaire avant de faire un bébé. De plus, cette part du business requiert bien plus qu’une habileté à repérer les talents. Mais je suis prête maintenant.

WC: Sur quoi travaillez-vous en ce moment? Qu’est ce qui va suivre?

MF: Ma prochaine exposition est avec le duo suisse Kueng/caputo. Je suis impatiente ! Je suis également en train d’élargir l’espace ici à Copenhague, car je souhaiterais proposer un atelier permanent en plus de l’espace d’exposition. Beaucoup trop de belles choses étaient cachées dans la cave, et maintenant j’ai assez de place pour toutes les montrer. J’ai hâte !

 

* Toutes les images avec l'aimable autorisation de Maria Foerlev & Etage Projects; portrait © Kamilla Bryndum.

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    • Wava Carpenter

      Wava Carpenter

      Après avoir étudié l'Histoire du Design, Wava a porté plusieurs chapeaux pour soutenir la culture du design: professeur d'études du design, organisatrice d'expositions, organisatrice de débats, rédactrice d'articles. Tout cela a façonné son travail en tant que Editrice en Chef chez Pamono. 

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